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Sacrée répétition

Quelques réflexions de fond

Une des grandes questions qui transparaît à travers toute la performance :

Où sont les morts ? Peut-être sont -ils dans cette zone que nous ressentons comme vide, dans le silence entre deux mots ou entre l'inspiration et l'expiration, dans l'espace entre les lignes. Les morts vont peut-être dans l'espace qui s'ouvre quand on fait les choses encore et encore, ces tâches quotidiennes qu’on répète infiniment. Est-ce que nous, les femmes d'aujourd'hui, citons nos mères primitives à travers les tâches quotidiennes qu'ils faisaient déjà comme nous ?

C'est ainsi que j'ai vécu dans la vie de ma mère les actions qui se répètent sans cesse, comme des rituels (les travaux ménagers marqués par le rythme du jour et de la nuit, la préparation des fêtes de famille marquées

par le rythme du cycle annuel, ainsi que le travail récurrent dans les vignes et la production du vin). En tant que féministe ardente, j'ai parfois souhaité que ma mère trouve l'épanouissement dans l'exercice d'un métier rémunéré et aujourd'hui, je vois comment, dans le sillage du mindfullness ou de tout le mouvement new age, ces occupations qui semblent aujourd'hui presque archaïques, comme le jardinage, la fabrication du pain, le tricot, la lessive, la cuisine,... prennent une nouvelle signification, sont évaluées comme ayant un effet curatif et équilibrant sur notre système nerveux. On y aperçoit une beauté sensuelle- sans tomber dans un faux romantisme.

La répétition confère à ces activités de femmes au foyer une qualité rituelle et aussi d’extension du temps, une composante d'éternité qui nous relie aux générations précédentes et qui, dans notre temps qui s'accélère de

plus en plus, constitue un élément anachronique. Avec mon projet je veux valoriser ce travail qu’on pourrait estimer comme banal, mais qui est comme le terreaux de la vie.

Si l'on pouvait davantage apprécier le quotidien avec son caractère répétitif et y mettre en valeur les différences subtiles, on n'aurait peut-être pas besoin de sombrer autant dans la consommation qui détruit notre planète.

 

Scénographie, décor :

un cercle extérieur et un cercle intérieur sont dessinés sur le sol de la

scène (diamètre du cercle extérieur : au moins 8m, peut être facilement adapté à la taille de la scène).

Des bois de vignes sont répartis dans l'espace Ces bois, d'une esthétique très particulière sont de tailles différentes et servent à la fois de décor et d'instruments de travail. Ils sont empilés, répartis dans l'espace,

rassemblés, suspendus, des activités comparables à celles du travail domestique. Les bois de vigne symbolisent le vivant, ou l'éternel vivant, car ils ne sont plus enracinés dans la terre et ne portent plus de feuilles ni de fruits, mais ont encore de la sève en eux. Leur surface a une texture comme la peau d’un animal. Ils ont pris une forme réduite à l'essentiel.

Au centre des deux cercles est érigée une harpe fabriquée à partir de ceps de vigne, qui n'a qu'une corde de basse, que je joue avec un archet au début et à la fin du spectacle, ce qui produit un son fascinant très riche en harmoniques. Ce cercle au centre (d'environ 1 mètre de diamètre) est recouvert d'une feuille

qui brille comme de l'eau très claire qui est illuminé de 'intérieur. Les projections pourraient apparaître d’abord en noir et blanc et s’animer de plus en plus avec de la couleur et des mouvements.

Deux cercles sont projetés sur le mur du fond de la scène, se chevauchant de plus en plus pendant la durée du spectacle et se fondant l'un dans l';autre à la fin, une image de la nature invisible et visible de notre réalité.

Dans le premier cercle, le visage de ma mère est plus ou moins reconnaissable, le deuxième cercle ressemble au centre qui brille comme de l'eau sur le sol, le puits dans lequel je puise force et sagesse, l’eau d’où j’émerge et dans lequel je replongerai après ma vie.

 

 

 

La harpe dans ce spectacle est plus qu’un instrument de musique, elle est partenaire de vie, de danse, elle est mon « chez moi ». Elle bouge sur la scène (elle a des petites roues), sur cette ligne qui sépare le cercle intérieur

du cercle extérieur.

 

Déroulement :

Comme décrit précédemment pour la scénographie, le spectacle commence et se termine au centre du cercle. Je joue sur cette seule corde de basse de cette harpe fabriquée à partir des vignes, avec un archet, accroupi au pied de la harpe. Ensuite, je me déplace avec ma harpe sur le cercle dans le sens inverse des aiguilles d'une montre et je

traverse ainsi les quatre saisons, en commençant et en terminant au milieu

de l'hiver (à 6h du montre). La harpe reste toujours à la frontière entre les deux cercles, comme médium entre l'expression plus extériorisée et festive et l'expression plus intériorisée et répétitive, Pour ma part, je me déplace

entre les deux cercles : sur celui de l'intérieur ont lieu les actions plus ritualisées, intériorisés et répétitives, sur celui de l'extérieur, selon la saison, les mouvements plus expressifs, allant jusqu'à la danse, en exprimant une

certaine tension et un antagonisme des énergies des orbites respectives. Le langage du mouvement pivote autour les énergies des deux cercles et se nourrit en conséquence du répertoire des activités quotidiennes et du

travail domestique ou de l'activité plus festive du cercle extérieur. Les mouvements sont aussi imprégnés par la saison ou la période de vie respective. Comme par exemple la légèreté du printemps ou la lourdeur

des années qui passent. Les bois de vigne servent d'accessoires.

 

Musique :

Le maillage entre musique et mouvement est inextricable- La musique génère le mouvement et le mouvement génère également la musique. J’utilise pour la composition beaucoup de techniques de la « minimal music » (les structures répétitives, qui résultent notamment de la juxtaposition et de la répétition constante de cellules ou de motifs (mélodiques, rythmiques ou harmoniques) de très petite taille) pour ainsi créer des textures sonores qui accompagnent des « scènes de travail ».

Mes moyens d’expression :

-Voix (parlée, chuchotée, chantée, scatée, des styles entre traditionnels et

expérimentaux),

-harpe (également en acoustique et avec des effets électroniques)

-musiques cinématographiques enregistrées (dans lesquelles je mélange des sons électroniques avec des sons acoustiques), sur lesquelles je joue et chante sur scène dans des styles entre musique contemporaine

classique, blues, traditionnelle et surtout improvisées, accordant une place centrale aux timbres et aux textures. J’utilise des sons vraiment inattendus avec un jeu parfois marginal pour explorer l’énorme éventail de possibilités de la harpe, cet instrument, qu’on connaît si peu et qui est joué dans la 4 ième génération de ma famille. Pour se faire une idée de la qualité de mes compositions, on peut se rendre sur les 2 sites suivants, sur lesquels on peut entendre des musiques que

j'ai composées pour le cinéma, le théâtre ou des mappings :

-https://www.youtube.com/user/mariapalatine

-https://www.mariapalatine.com/films-musics

Costumes :

Il y a une tenue simple de base, dans des tons de terre. Pour chaque saison, il y a une robe dont le design s'inspire des couleurs et du contenu d’expression de la saison en question et qui peut être en 5 secondes

facilement enfilé sur scène.

 

Collaborations possibles :

Vignerons au Palatinat et en Belgique

Centres culturels au Palatinat et en Belgique

Landesvertretung Rheinlandpfalz in Brüssel

Une cuvée trinquée à l’écoulement de nos jours ordinaires

 

« Les jours, quand ils semblent nous échapper, glissent doucement en nous,

mais nous transformons tous les temps ;car nous aspirons à être .... »

Rainer Maria Rilke

 

Performance multidisciplinaire par Maria Palatine

Pour voix, harpe, musiques électroniques et mouvement scénique

Dans cette performance, je questionne la valeur que nous accordons à notre quotidien et à ses activités répétitives, en particulier celles des millions de femmes au foyer dans le monde. Ces actions répétées constituent 80% de notre vie, nourrissant ainsi aussi les créations extraordinaires et exceptionnelles. En même temps je me demande quel potentiel de passion, de désir et de colère se cache derrière la régularité d'exécution des petites actions du quotidien. Si l'on pouvait davantage apprécier le quotidien avec son caractère répétitif et y mettre en valeur les

différences subtiles, on n'aurait peut-être pas besoin de sombrer autant dans la consommation qui détruit

notre planète.

Les motivations et inspirations derrière ce projet sont multiples. Je m'inspire du cycle de la vie, de la vie de ma mère, de ma grand-mère et du cycle des saisons à travers la culture de la vigne. Je veux mettre en lumière ceux qui ne sont pas dans la lumière, leur vie, leurs activités, leur contribution à notre société. Ma mère, originaire d'une région viticole, a vécu au rythme des activités annuelles de la viticulture dont la qualité biodynamique, où le vignoble est considéré comme un écosystème vivant, m'intéresse particulièrement. Le processus de fermentation du vin me fascine, et je m'interroge sur le parallèle entre ce processus et la vie elle-même, qui peut également être perçue comme une fermentation vers l'essentiel. La musique, par sa répétition des motifs, connaît également un processus de fermentation, se cristallisant de manière de plus en plus claire et concentrée.

 

Equipe (état sept 2023) :

Mise en scène et composition : Maria Palatine

Dramaturgie : Françoise Berlanger

Vidéos : Roman Minin

Supervision des textes en français : Bernard Tirtiaux

Conseil chorégraphique : Emeka (Berlin, Allemagne)

Photos : Roman Minin, Katia Kariakina

Regard extérieur : Jeannine Gretler et iGor

Sacrée répétition

Sacrée répétition
1 work in process, sacrée
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2 work in process, sacrée
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3 work in process, sacrée
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3 work in process, sacrée

4 work in process, sacrée
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4 work in process, sacrée

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